22.8.2026

REFLEXION SUR L’ENCYCLIQUE « MAGNIFIQUE HUMANITE » DE PAPE LEON XIV
« Préserver la personne humaine à l’ère del’intelligence artificielle »
Face à l'utilisation croissante de l'IA, le Saint Père a écrit un magnifique encyclique qui suscite en chacun de nous une vraie recherche de vérité sur l’homme. Il nous aide à découvrir cette humanité que Dieu nous confie et qui doit devenir une magnifique humanité. Il a dit aux jeunes à Madrid:
« Je voudrais vous confier à tous une mission : soyez humains. Oui, soyez humains ! Des hommes et des femmes de chair et d’os. (…) Soyez humains comme l’est le Christ, l’homme parfait, le Ressuscite qui partage avec nous l’histoire en tout temps ».
Son encyclique sur l’IA, révèle la grandeur de la personne humaine, confronté à un défi : le défi que lui pose le pouvoir du numérique.
Le Saint Père fait œuvre d’un pasteur et un père, et il vient nous réveiller. Il sait combien notre époque est riche, et aussi combien elle peut susciter des difficultés, et que nous devons faire des choix. C’est un père qui nous parle de cette manière-là, et qui nous aide à épouser notre époque, et à savoir utiliser de façon intelligente et prudente la technologie et les outils qu’elle fabrique. Il y a un danger que notre humanité devienne victime de ses propres conquêtes. Et comme un père et un pasteur, il a voulu nous mettre en garde contre cela, contre une mauvaise utilisation de l’IA.
IL a inscrit cette réflexion sur l’IA dans une vision de sagesse, en la commençant par un très beau résumé de la Doctrine Sociale de l’Eglise. Le Saint Père évoque l’encyclique de Pape Leon XIII, Rerum Novarum qui répondait aux défis que posait la révolution industrielle. Et en définissant les principes de la Doctrine Sociale de l’Eglise, il montre son fondement : la dignité de l’homme. Il fait un très beau passage sur les droits de l’homme, en montrant qu’ils sont inviolables, et qu’on n’a pas le droit d’y toucher.
Puis, il a montré qu’on ne peut pas confondre l’IA avec l’intelligence humaine. C’est une grande lumière que le Saint Père nous donne. Il met à sa place l’IA – une « puissance reste exclusivement liée au traitement des données ». Il nous met en garde contre l’erreur d’assimiler cette intelligence artificielle à l’intelligence humaine. Il nous montre qu’on on ne peut pas confondre un outil, aussi performant soit-il, et une intelligence créée par Dieu, l’esprit de l’homme :
« Il faut éviter l’erreur consistant à assimiler cette intelligence à l’intelligence humaine. Ces systèmes imitent certaines fonctions de l’intelligence humaine. Ce faisant, ils la surpassent souvent en termes de vitesse et d’ampleur de calcul, offrant des avantages concrets dans de nombreux domaines. Et pourtant, cette puissance reste exclusivement liée au traitement des données : les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité. Elles n’ont pas de conscience morale : elles ne jugent pas le bien et le mal, ne saisissent pas le sens ultime des situations, n’assument pas le poids des conséquences. Elles peuvent imiter des langages, des comportements, des évaluations, elles peuvent simuler de l’empathie ou de la compréhension, mais elles ne comprennent pas ce qu’elles produisent, car elles n’habitent pas l’horizon affectif, relationnel et spirituel dans lequel l’humain devient sage. Même lorsque ces outils sont présentés comme capables d’“apprendre”, leur manière de le faire diffère de celle de l’être humain. Il ne s’agit pas de l’expérience de celui qui se laisse façonner par la vie et grandit au fil du temps à travers ses choix, ses erreurs, le pardon et la fidélité ; il s’agit plutôt d’une adaptation statistique à partir de données et de résultats qui peut s’avérer très efficace, mais qui n’implique pas de croissance intérieure » (§ 99).
Ce sont des outils qui peuvent être un « aide précieuse tout en nécessitant une approche mesurée et vigilante ». Ils peuvent « simplifient nos vies, mais peuvent aussi nous habituer à trop déléguer et à rechercher des réponses immédiates, affaiblissant notre jugement personnel et notre créativité » (§ 100).
Il met en lumière 3 aspects de l’IA qui peuvent très vite nous séduire (et ne disons pas trop vite que dans la vie monastique nous sommes complètement libres) :
Cette encyclique appelle des réponses, et nous en donne : elle évoque la grandeur de l’être humain et de la dignité de la personne humaine. Elle peut nous aider à mettre en pleine lumière l’importance de la philosophie de la personne, qui dévoile les grandes dimensions de l’homme :
Quand on est tente par la facilite d’obtenir un résultat, il faut se rappeler qu’une personne humaine aime se développer à travers le devenir, le temps, aime travailler dans le temps, aime être créative à travers tout un devenir, un labeur, lent mais gratifiant.
« Le travail est une exigence inscrite dans la condition humaine, un chemin ordinaire vers la maturité, le développement et l’épanouissement personnel » (§ 149).
« Le travail reste une dimension fondamentale de l’expérience humaine : non pas seulement un moyen de subsistance, mais aussi un lieu d’expression, de relations et de contribution à la communauté. C’est pourquoi les problèmes liés au travail ne concernent pas uniquement le revenu nécessaire à la survie des familles. Une société qui ne garantirait du travail qu’à une petite partie de la population exposerait beaucoup de personnes à une situation d’inactivité forcée, d’absence de responsabilités, de manque d’engagement et de stimuli quotidiens, avec pour conséquence un appauvrissement humain et culturel » (§ 154).
Quand l’IA séduit avec une impression d’objectivité, nous devons nous rappeler que l’homme aime chercher la vérité, poser des questions, en adhérant à la réalité en dehors de lui et en étant ouvert à un dialogue avec les autres.
« La rapidité et la facilité avec lesquelles on obtient une réponse ou une synthèse risquent d’éteindre le désir de poser des questions, qui ne porte ses fruits qu’avec le temps » (§ 140).
« Un grand défi est d’ordre intellectuel et lié à la sagesse. Si nous ne faisons pas attention, un système éducatif dépourvu d’amour pour la vérité risque de voir le jour, dans lequel le flux incessant d’informations se substitue à la recherche, à la réflexion et au discernement. Les connaissances fragmentaires se multiplient mais il devient plus difficile d’appréhender la réalité dans son ensemble, de poser des questions sur le sens des choses et de développer une véritable pensée critique et créative » (§ 146).
« Restons fidèles à la vérité ! Dans ce contexte, il est important de garder un cœur qui aime la vérité et désire ce qui est juste plutôt que les contenus les plus attrayants, un cœur qui recherche la sagesse plutôt que les effets immédiats. La vérité que nous ne devons pas perdre de vue est celle qui concerne Dieu et l’être humain, telle que le Christ nous l’a révélée » (§ 237).
Et en face de la simulation de la communication humaine, il faut une anthropologie de la fraternité, de la solidarité, une philosophie de l’amour, qui nous montre cette vraie communication, riche et pleine de sens.
« Que signifie préserver l’humain ? Le risque n’est pas seulement que certaines technologies soient mal utilisées, mais que le paradigme technocratique dans lequel nous sommes plongés, renforcé par la révolution numérique et l’IA, fasse passer pour juste et normale une vision anti-humaine, selon laquelle la plénitude de la vie consisterait à avoir plus, à réduire la fragilité, à éliminer l’imprévu, à contrôler chaque chose. Lorsque l’efficacité devient la mesure de la valeur, l’être humain est tenté de se considérer comme un projet à optimiser plutôt que comme une créature appelée à la relation et à la communion » (§ 112).
« Prenons soin de nos relations ! À une époque qui tend à tout accélérer et à tout fragmenter, la chair humaine continue de demander à être soignée et reconnue par des mains capables de tendresse, par des esprits attentifs et par de bonnes paroles. La culture numérique multiplie les connexions et offre de nouvelles possibilités de rencontre ; pourtant, le cœur humain conserve un besoin irremplaçable de proximité » (§ 239).
Le Saint Père rappelle souvent l’importance des vraies amitiés, vécues dans le réel, non pas dans le virtuel. Comme à Pavia, quand il a dit aux jeunes :
« Persévérez, participez, essayez de nouer de véritables amitiés, pas seulement des amitiés à travers un écran ou un téléphone portable. De véritables amitiés, en personne ! Soyez présents ! Soyez tous présents ! Et ainsi, nous découvrirons que Jésus vit vraiment parmi nous. Jésus sera présent ».
Une vraie anthropologie de la personne humaine nous permet de chercher le sens de la vie humaine, le sens de son développement, sa construction.
On doit tous s’unir à la réflexion du Saint Pere sur la grandeur de la personne humaine. La philosophie anthropologique de la personne nous montre ce que veut dire que la personne grandit, progresse, est libre, et s’engage. Une personne assume le devenir, donc elle est toujours capable de grandir, de progresser. Chaque jour nous pouvons aller plus loin.
La philosophie de la personne nous montre notre capacité de choisir, de faire des vrais choix, humains, libres, personnels et profonds, des choix qui vont nous engager dans une responsabilité. Nous aussi nous pouvons être tenté par des résultats immédiats. Mais nous devons découvrir ce qu’est une personne humaine qui assume le devenir, qui accepte cette patience de vivre dans le temps, de ne pas avoir tout tout de suite, et de ne pas tout comprendre. C’est important de regarder combien une philosophie de la personne peut éclairer notre chemin, nous fait reconnaitre capable d’aimer, capable de connaitre, capable d’être responsable, de s’engager, et capable de de s’autoéduquer.