Cœur blessé, porte ouverte

21.4.2026

On parle beaucoup, aujourd’hui, de « développer sa résilience », « dépasser son passé », « faire de la souffrance une force », « réussir son travail de deuil »… Il est bon de contempler le Christ ressuscité lorsqu’il apparaît au milieu des Apôtres au Cénacle, enfermés dans leur peur, enfermés dans leur culpabilité. Que fait le Christ ? Il donne sa paix, mais aussi il dévoile immédiatement ses blessures, et même il invite Thomas à y mettre son doigt, sa main. Jésus ne nous demande pas d’être tout-puissants dans l’épreuve, mais de croire en lui, de lui faire confiance : « Sois croyant. » Et tout se passe comme si, au lieu d’essayer de « guérir de nos blessures », il fallait tout bonnement mettre le doigt dessus, autrement dit passer par le lieu où cela fait mal, pour être sauvé. Un autre Thomas, Thomas d’Aquin, se demande, et on voit bien pourquoi, si cela n’aurait pas été plus parfait que le Christ ressuscitât sans ses blessures. Il aurait montré un corps intègre, net, propre… et on aurait « tourné la page » des souffrances de la Passion. La réponse du théologien est admirable :

le Christ expose ses blessures comme un vainqueur les trophées de sa victoire.

Elles sont la preuve indiscutable et éternelle de son trop grand amour pour nous. Et c’est par nos propres vulnérabilités (du latin vulnus, la blessure) que nous sommes configurés à lui, et que nous pouvons être rédempteurs avec lui. Une souffrance assumée rend-elle plus fort humainement ? Le Christ ne l’a jamais promis, mais il nous montre son côté blessé, « cette porte béante qui nous appelle ». Il ne nous demande pas d’être invincibles, mais victorieux, de maintenir en nous une porte ouverte vers la vie, une force de conquête théologale qu’il nous donnera lui-même si nous la lui demandons, lui qui « sort en vainqueur et pour vaincre encore ».

Alors, à la suite de Saint Paul, nous pourrons dire : Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort.  Depuis la Passion, rien ne sera plus jamais comme avant : le corps du Christ portera à tout jamais les stigmates de la souffrance. Et depuis telle épreuve qui nous a touchés, rien ne sera plus jamais comme avant : nous resterons marqués, boiteux de la hanche comme Jacob après son combat contre l’Ange. Mais n’est-ce pas par nos blessures unies à celles du Ressuscité que nous pouvons aimer plus intensément, plus délicatement, plus profondément ? Notre cœur blessé uni au sien peut devenir, comme l’ont dit les Pères de l’Eglise, la porte du salut. Ne fermons pas cette porte !

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