6.9.2026

La Vexilla Regis est une hymne latine de saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers,
le plus grand poète du VIe siècle, composée en l’honneur de la Sainte Croix.
Cette hymne, qui dans la tradition grégorienne se chante pendant la Semaine Sainte et le jour de la fête de la Croix glorieuse, fait l’éloge du mystère de la Croix.
Pour tous les chrétiens, la Croix est la marque de son appartenance au Christ. Sur la Croix, c’est bien entendu le Christ que nous adorons. Ici la Croix est personnifiée pour mettre en pleine lumière le mystère qu’elle révèle : « Fulget Crucis mysterium. » ‘Fulget’ en latin veut dire : ‘Resplendir, jeter une lumière éclatante’ ce qui fait déjà penser au mystère de la Résurrection.
Avec le Christ crucifié et glorifié, la Croix n’est plus un symbole de mort et de ténèbres, mais un étendard (Vexilla) de victoire, une manifestation de la victoire de la lumière sur les ténèbres. Pensons-y quand nous nous signons du signe de la Croix : c’est le signe de la victoire du Christ sur nous : Il nous a sauvés ! Le symbole dit le mystère ; il renvoie à une réalité invisible mais réelle. Sur la Croix, c’est le Crucifié, c’est l’Amour absolu qui se donne et se révèle, c’est un Amour qui se donne jusqu’à mourir. La Croix, instrument de supplice et de mort devient signe de Vie et d’Amour. Toute l’hymne nous le chante.
« Qua vita mortem pertulit, et morte vitam protulit. »
« Par elle, la Vie a souffert la mort, et par sa mort, nous a donné la Vie. »
Ici par l’inversion des mots « vie » et « mort », le poète exprime l’admirable échange que seule la Sagesse divine peut réaliser : l’instrument de mort du crucifié devient source de Vie !

« Vexilla regis » = l’étendard du Roi
La Croix comme un étendard (Zac 9,9): cela nous renvoie à d’autres références bibliques. Pensons au serpent d’airain que Moïse éleva dans le désert pour guérir le peuple d’Israel punit par Dieu a travers les morsures des serpents qu’il a envoyés (Nb 21,8). Le serpent de bronze est placé par Moïse sur un étendard : le symbole de mort qu’il faut regarder pour avoir la vie (surement à l’origine du caducée de la médecine).
La Croix est un étendard symbole de vie qui proclame la victoire et la guérison, qui rassemble et unit les chrétiens qui se regroupent autour.
St Thomas d’Aquin parle ainsi de Jésus portant sa Croix :
« Christ porte sa croix comme un roi son sceptre,
comme le vainqueur porte le trophée de sa victoire,
comme un docteur porte le lampadaire
où devait être déposé la lampe de sa doctrine. »
« Regnavit a ligno Deus » = Dieu régnera par le bois.
On peut aussi remarquer ce symbole du bois (ligno). La présence de Dieu dans l’Ancien Testament se fait souvent à travers le bois : l’arche de Noé (Genèse 6,14), l’arche d’alliance (Exode 25,10), le temple de Salomon (1 Rois 6:18).
Par le bois, Jésus demeure parmi nous : Il est l’arche qui nous sauve, il est le Temple nouveau rebâti en trois jours, édifié par Dieu lui-même ; il est l’Arche d’alliance qui abrite le Verbe de Dieu : sur la Croix, Jésus enseigne sa leçon magistrale de l’Amour. Dieu est silence, mais il laisse la Croix, par son symbole, parler de ce qu’aucun mot ne peut exprimer : son amour infini et victorieux.
Le bois est aussi la matière de l’autel de l’holocauste (1 Rois 18:30-39). La Croix est l’autel où Dieu s’offre pour nous ; Il est l’Agneau immolé pour nous sauver.

« Ligno Deus. Arbor decora. » = Arbre splendide.
Le bois est devenu « Arbre » : la mort a repris vie ! C’est aussi un merveilleux symbole qui parcours toute la Bible de la Genèse à l’Apocalypse.
Jésus est le grain de blé, la graine de moutarde qui doit mourir planté en terre pour devenir un grand arbre qui donne la Vie éternelle.
« Le Christ a souffert pour vous (…) lui qui, sur le Bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps. » (1P 2,24)
« Le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une Croix. » (Ph 2,8)
« S’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12,24)
« Moi, je suis la Résurrection et la Vie. » (Jn 11,25)
Puissent tous nos signes de croix tracés sur notre corps être l’étendard de la Victoire de la Vie sur la mort.
Salut, ô Croix, unique espérance !
Procure, au temps de la Passion,
Grâce abondante aux cœurs fidèles,
Et rémission aux cœurs coupables.
Trinité, source de salut,
Tout esprit te chante.
Victorieux par votre Croix,
Ils recevront la récompense. Amen!